Shining – Stephen King

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6 janvier 2015 par sweetmadonna

Retour de Stephen King sur Il était une fois un roman avec sans doute l’un de ses plus célèbres titres : Shining. Si la renommée de celui-ci est en grande partie du à son adaptation cinématographique de Stanley Kubrick avec Jack Nicholson (à tel point que les couvertures des volumes en vente reprennent une image issue du film), il ne faut pas oublier que Shining est avant tout un roman, consistant (plus de 570 pages dans sa version poche), et qui marque forcément son lecteur.

 

 

L’histoire de Shining se résume assez simplement : Jack Torrance, alcoolique en quête de rédemption et qui vient de perdre son emploi d’enseignant après avoir frappé un élève, décide d’accepter ce qui ressemble à sa dernière chance, à savoir un poste de gardien d’un grand hôtel, l’Overlook, niché au milieu des montagnes et qui aura besoin d’un veilleur pendant sa fermeture annuelle d’automne/hiver. Accompagné de sa femme, Wendy, et de son fils de 5 ans, Danny, Jack compte utiliser ce temps à l’écart du monde (car l’hôtel est coupé de la civilisation pendant l’hiver et les très fortes chutes de neige) pour enfin terminer sa pièce en cours depuis de longs mois et, pourquoi pas, réparer un peu son couple et sa vie de famille fortement ébranlés par les derniers mois tumultueux. Rapidement, Danny – qui possède « le Don« , une sorte de sixième sens, de double-vue, qui lui permet entre autres de voir des événements passés ou futurs – va sentir que l’hôtel n’est pas un endroit comme les autres et qu’il possède « une âme ». Et une âme qui ne leur veut pas que du bien… C’est alors que le comportement de Jack commence à changer, progressivement, lentement, jusqu’à ce qu’il devienne incontrôlable.

 

Contrairement à ses deux précédents romans, Carrie et Salem, Stephen King va ici se concentrer quasiment exclusivement sur les événements se déroulant dans l’hôtel. C’est donc essentiellement un huit-clos qui nous est proposé et la tension va aller crescendo. S’il est beaucoup question de Danny lorsque le roman est évoqué (le sous-titre, L’enfant lumière, fait bien entendu référence au jeune garçon, tout comme le « shining« , ce don qu’il possède), le personnage central du roman de Stephen King est plutôt Jack Torrance, dont le combat contre l’alcoolisme et l’explosion de sa famille sera à la fois le moteur de sa déchéance et son seul salut possible, la seule chose qui lui permet, par moments, de reprendre le dessus. Ce qui nous amène à penser qu’un autre personnage est également au centre du récit : l’hôtel Overlook, dont le passé et la puissance psychique vont faire basculer le destin de la famille Torrance dans l’horreur.

 

Jack se retrouve donc, grâce à un piston d’un ancien camarade de beuverie – avec lequel il a d’ailleurs eu un accident de voiture un soir de cuite -, à postuler pour un poste de gardien dans ce grand hôtel de luxe pour sa période de fermeture annuelle. Il comprend très vite que l’hôtel sera coupé du monde une bonne partie de l’hiver, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Ancien professeur de littérature et auteur d’une nouvelle qui lui a fait gagner un prix, Jack tente depuis plusieurs mois de parachever une pièce de théâtre que son alcoolisme ne lui permettait pas de conclure. Devenu sobre depuis l’accident de voiture précité, se souvenant souvent d’un incident domestique impliquant Danny et qui a failli mettre fin à son couple, Jack lutte tant bien que mal contre son envie de prendre un verre et s’assure donc qu’aucune bouteille d’alcool ne sera présente dans l’hôtel pendant ces longues nuits d’hiver qu’il va devoir y passer. Une expérience étrange avec les buis du parc de l’hôtel va commencer à provoquer des changements en lui, tout comme sa découverte d’un livre dans le sous-sol et de coupures de journaux. Et lorsque Danny commencera à parler de ses visions, Jack débutera, lui, sa plongée dans les abysses de l’hôtel, qui cherchera via l’homme à atteindre son fils.

 

Stephen King utilise ce personnage de Jack Torrance pour traiter plusieurs sujets en parallèle. Bien entendu, l’alcoolisme, thème central, est traité sous tous ces aspects : le manque que l’on ressent, les « remèdes » que l’on prend contre la gueule de bois, les tics qui précèdent une bonne beuverie, et cette impression, irrémédiable, que l’on va rechuter un jour et que le seul objectif de tout le monde est de nous y plonger, quitte à appuyer bien fort sur notre tête. L’explosion de la cellule familiale prend aussi une part importante dans le récit, étroitement liée au problème d’alcoolisme de Jack. Le premier succès de l’écrivain va en effet coïncider avec les premières grosses cuites, qui deviendront progressivement des « coutumes », régulières et répétées. L’incident avec Danny provoquera une première cassure dans la famille, Wendy ne pouvant désormais plus faire confiance à son mari, surtout lorsque celui-ci est en colère/sous alcool. Une petite fissure qui ne fera que s’agrandir lors du séjour dans l’Overlook. Le passé de Jack, avec un père alcoolique et violent, celui de Wendy, avec une mère distante et froide, ne vont pas aider le petit Danny, né avec « le voile », et dont « le Don » lui a déjà valu, plusieurs fois, des pertes de connaissances que ses parents ne comprennent pas, à grandir sereinement et à accepter ces visions, de moins en moins agréables et de plus en plus effrayantes. L’épisode de la chambre 207 demeurant l’un des plus stressants et oppressants à lire.

 

On notera également qu’après Ben Mears dans Salem, Stephen King reprend dans Shining un personnage principal écrivain et en manque d’inspiration, dont la peur de la feuille blanche va guider ses pas. Une sorte d’auto-thérapie ? Enfin, via le personnage de Jack Torrance, Stephen King nous montre la montée progressive de la folie, avec ses différentes étapes et son côté inéluctable, malgré les vaines tentatives de Jack pour lutter. A-t-il rêvé l’épisode des buis ? A-t-il rêvé celui de la chambre 207 ? Ses questionnements vont progressivement laisser place au renoncement et à l’acceptation d’un fait complètement fou : s’il fait ce que l’hôtel lui demande, il pourra devenir manager et donc parvenir à faire son travail, enfin. Toute cette étude psychologique est traitée avec soin par King, pointant bien les différents paliers qui mènent de la raison à la folie. Enfin, le personnage de Dick Halloran sert de lien pour Danny entre son monde et le monde réel, le cuisinier de l’Overlook possédant également le don.

 

Très noir dans son atmosphère, avec ses thèmes lourds qui ne peuvent laisser insensible (alcoolisme, violence domestique, folie), Shining offre un récit en huit-clos prenant, captivant, dérangeant par moments, avec ce personnage de Jack Torrance que l’on se met à apprécier puis à cordialement détester, tout en étant malgré tout compatissant devant cette chute inévitable qui lui tend les bras. Un côté un peu schizophrène qui se transmet au lecteur et montre que Stephen King réussit dans son entreprise. On a donc là un coup de maître et, en 3 romans, King s’impose rapidement comme un auteur phare, à l’imagination débordante et au style diablement efficace, pour peu que l’on apprécie le genre.

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