172 heures sur la Lune – Johan Harstad

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23 octobre 2014 par sweetmadonna

Après Jules Verne, David Gibbins, Stephen King et un premier « classique », Moby Dick, voici une nouvelle catégorie sur Il était une fois un roman avec un titre contemporain, sorti en 2008 en Norvège (oui, en Norvège, c’est assez rare de trouver des livres scandinaves chez nous hors Millénium) et édité chez nous en 2013. Le hasard, associé au fait qu’il fallait prendre « le » livre du trimestre chez France Loisirs, m’a donc mis cette oeuvre entre les mains, roman de près de 400 pages parlant de voyage sur la Lune d’adolescents sous fond de secret de sécurité nationale…

 

Couverture Albin Michel

 

Lauréat du prestigieux prix Brage (comme marqué sur le quatrième de couverture – et en effet, il s’agit du plus prestigieux prix de littérature en Norvège), 172 heures sur la Lune (qui était le sous-titre du titre VO, Darlah) va donc nous emmener sur l’astre de la nuit, sujet de beaucoup de fantasmes et de théories du complot. Pour fêter les 50 ans du premier pas posé sur la Lune, la NASA décide de renvoyer enfin des hommes à sa surface en 2018. Mais cette mission, qui devrait redorer le blason de l’institution, sera particulière : elle comprendra 3 adolescents entre 14 et 18 ans, qui seront choisi par un tirage au sort mondial.

 

Johan Harstad découpe son récit en 3 « grosses » parties (les guillemets sont de mise car, si les deux premières parties « La terre » et « Le ciel » sont importantes, la dernière « Après », ne fait que quelques pages et fait plus office d’épilogue). La première se consacre donc à la présentation des futurs astronautes, plus particulièrement les trois adolescents appelés à partir dans l’espace (pas que, mais essentiellement). On découvre donc la norvégienne Mia, dont le principal loisir est de jouer sa musique avec son groupe de copines, Midori, la japonaise fan de Harajuku et de shopping, et Antoine, le français amoureux éconduit au coeur brisé. Leur vie de tous les jours, leurs parents, leurs occupations, leur inscription au concours, l’annonce de leur gain, le départ vers les Etats-Unis… Johan Harstad nous présente de manière « chronologique » les événements qui vont amenés nos jeunes héros à s’envoler pour la Lune. La préparation au voyage se fera plus rapidement et la « véritable » intrigue débutera dès leur arrivée sur la surface du satellite de la Terre…

 

On regrettera donc d’abord une chose : la (trop) grande première partie, qui sert d’introduction globale et se révèle donc beaucoup trop longue. Certes, d’autres l’ont déjà fait auparavant (la longue intro de Stephen King dans Salem par exemple), mais vu l’importance de la suite et le côté finalement assez inutile des informations proposées dans cette première partie, dont la majorité n’ont aucun impact sur l’histoire, on se dit que cela aurait fortement gagné à être abrégé. Seuls quelques passages de cette première moitié de roman méritent un intérêt, intérêt suscité dès l’apparition de ces passages : leur côté « irréel » interpelle et on se doute bien que ces passages ne sont pas là par hasard. On regrettera que seuls 2 d’entre eux soient vraiment marquants, le troisième apparaissant comme quelque chose de très normal qui ne donnera son importance que bien plus tard. Si connaître les personnages peut permettre de créer un lien avec le lecteur, pas certain qu’il soit nécessaire d’en faire trop, surtout quand on réussit à cerner aussi rapidement les caractères des personnages présentés. Bref, tout ceci pour dire que le plus intéressant n’est pas dans le début du roman, mais après.

 

Parlons donc de cette fameuse suite. Comme le laissait présager quelques passages auparavant, que cela soit des propos tenus par des membres de la NASA ou par le vieux en maison de retraite, rien ne va se passer comme prévu lors de la mission lunaire. Il ne faudra que quelques minutes pour que l’état d’urgence soit déclaré, entre la panne d’électricité et celle de la radio. Et les 8 astronautes vont rapidement voir le nombre se réduire… Difficile d’en dire plus sans vous dévoiler des informations capitales sur la suite de l’histoire. Disons simplement qu’une course contre la montre s’engage, puisque l’oxygène risque rapidement de manquer sans électricité. Nos astronautes survivants devront alors quitter la base lunaire Darlah 2 pour essayer de rejoindre Darlah 1, seule chance de survie alors que sur Terre, l’échec de la mission semble être définitif. Cette seconde partie du roman, et qui est donc la plus importante puisqu’elle contient toute l’action et le contenu avec lequel l’auteur et l’éditeur nous a attiré, se révèle par moments fort stressante, ce qui est évidemment une excellente chose. Mais comment ne pas avoir l’impression de s’être fait balader en beauté lorsque vient le moment de la conclusion ? Si on peut apprécier que tout ne se finisse pas en merveilleux happy-end, on ne peut que rester dubitatif devant le twist final, que nous découvrons en deux temps, autrement dit : l’auteur nous donne d’abord un coup derrière la tête avant de nous achever.

 

 

La conclusion apporte en effet plus de questions que de réponses, et ce n’est jamais une bonne chose. Si le retournement de situation final arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, il remet surtout en question les pages précédentes et les événements qui nous sont racontés. Certes, on peut trouver une explication « rationnelle » et on finit par accepter le choix de l’auteur, malgré des questions qui demeurent irrésolues (quelle est l’origine des événements qui se sont déroulés avant le départ ?). Mais voilà que le titre se finit par une autre révélation qui, cette fois, a plus de mal à passer. Via un compte-rendu de mission effectué plusieurs dizaines d’années après celle de nos astronautes adolescents, on apprend un détail capital qui remet finalement en cause une bonne centaine de pages du récit. Qu’est-ce que John Harstad nous a raconté ? Impossible d’en être sûr une fois le livre clôt et on se retrouve donc face à une question existentielle : tout ça pour ça ? Car certes, on peut apprécier de refermer un ouvrage en se demandant où l’écrivain a voulu nous mener, ce qu’il a voulu nous cacher, pourquoi il l’a fait et comment il a réussi à nous avoir. Mais refermer un livre en se demandant si ce que l’on a lu était vraiment l’histoire des événements que l’on a suivi laisse un sentiment amer. Et on finit donc par se demander comment ce roman a pu obtenir ce fameux prix Brage alors que rien ne semble faire de lui un titre particulièrement exceptionnel, que ce soit dans ses idées, déjà vues et/ou lues un grand nombre de fois dans divers médias, ou sa construction, somme toute banale. A moins que ce sentiment qui anime le lecteur en fin de lecture constitue une qualité indéniable pour les personnes désignant les lauréats. Et puis, finalement, on se rend compte que le prix a été reçu dans la catégorie « littérature pour les enfants et la jeunesse », et on comprend mieux…

 

Bien sûr, le récit a ses qualités, notamment celle de se lire d’une traite, aisément, et avec l’envie de connaître sa conclusion. On notera également que les quelques illustrations contenues dans le livre, notamment les plans des bases Dariah, sont des plus indéniables qu’il manque parfois dans des romans qui se veulent trop littéraires et abstrait. Insérer un peu de concret, c’est toujours un plus, sans que cela ne nuise forcément au côté « imaginaire » du support. Bon point donc, là aussi.

 

Précédé d’une bonne réputation, lauréat d’un prix prestigieux dans son pays, 172 heures sur la Lune se révèle finalement comme une déception à la lecture. Utilisant des thèmes et des ressorts déjà connus (être d’origine inconnue, « survival » en milieu extrême, course contre la montre), le titre a surtout l’énorme défaut de se conclure avec beaucoup plus de questions que de réponses. La plupart des défauts énoncés ne sont peut-être que la conséquence du public visé par le titre : les adolescents. Mais cela n’excuse pas pour autant un grand nombre de facilités, la fin en étant une parmi d’autres.

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