Salem – Stephen King

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9 octobre 2014 par sweetmadonna

Second roman de Stephen King, publié en 1975, Salem poursuit dans le récit à tendance horrifique. Après les pouvoirs de télékinésie de Carrie, place aux vampires dans ce gros roman, l’édition présentée ici étant celle de 2006 des éditions JC Lattès, contenant deux nouvelles autour de Salem, des « scènes coupées » et des photos de Jerry N.Uelsmann illustrant le récit.

 

 

Le personnage principal de Salem est un écrivain, Ben Mears, ayant connu un gros succès et qui recherche l’inspiration en retournant dans la ville de son enfance. Cette ville où, petit, il est allé par défi dans une maison qui effrayait les enfants, Marsten House, posée en haut d’une colline dominant la cité. Il y avait fait une rencontre bouleversante, qui l’a marqué profondément. Son objectif en retrouvant Salem était de louer cette maison afin de parvenir à écrire son nouveau roman, qui pourrait avoir pour théâtre la ville de son enfance et l’incarnation de sa peur irrépressible. Mais son souhait ne sera pas exaucé puisque la maison s’est trouvé de nouveaux propriétaires. Et lorsque des événements inhabituels commencent à se produire dans Salem (un chien retrouvé éventré sur la grille du cimetière, un enfant qui disparaît…), Ben se rend compte que l’étranger n’est pas toujours bien accueilli dans les petites bourgades du Maine, même s’il y a passé une partie de son enfance. Heureusement, sa rencontre avec la jeune et jolie Susan Norton lui offre quelques rayons de soleil dans cette grisaille. Puis tout bascule et Ben va devoir faire face à une menace irréelle, aidé par le professeur Matthew Burke, le docteur Jimmy Cody, le père Callahan et le petit Mark Petrie. Une drôle d’équipe pour une « mission » qui sort clairement de l’ordinaire.

 

Stephen King peaufine encore son style dans ce long récit de 500 pages environ, où la tension monte progressivement et où un quotidien calme d’une petite ville sans histoires va basculer dans l’horreur. En mettant en avant un article de journal qui fait suite aux événements narrés dans le roman dès les premières pages, Stephen King réutilise le schéma de Carrie, nous donnant une forte idée de la fin du récit dès son départ. C’est en tout cas toujours très efficace et on ne peut s’empêcher, lorsque les dernières pages arrivent, de rejeter un oeil aux premières pour se remémorer la manière dont étaient narrés les événements que l’on vient de lire. Si King ne révolutionne pas le récit de vampire, il réussit néanmoins à introduire quelques spécificités et touches d’originalité lui permettant de démarquer son récit d’une masse globale. La personnification du Mal ne se fait pas exclusivement via le « maître vampire » Barlow mais se fait également via sa demeure, Marsten House, théâtre de tragédies depuis un lointain passé (on en reparle un peu plus bas). Si les caractéristiques classiques sont là (vampires qui ne peuvent entrer que si on les y invite, croix, eau bénite et textes religieux qui les repoussent…), le ton donné à l’histoire happe, fait parfois frémir (la « rencontre » dans la chambre d’ami de Matt) et, surtout, ne se contente pas de préserver ses héros, qui ne finiront pas totalement indemnes, loin de là. Stephen King raconte son histoire en utilisant la même méthodologie que dans Carrie, se concentrant sur un personnage et ce qui lui arrive pour ensuite passer à un autre et nous raconter ce qu’il vit au même instant. Des changements d’espace-temps qui donnent au récit un rythme particulier, propre à l’auteur et que l’on retrouvera régulièrement dans la suite de sa carrière. L’alternance entre les personnages (allant jusque dans les noms des chapitres, où, Ben, Susan, Mark et les autres en constitue les titres, tout comme Salem, renforçant l’humanisation de la ville) permet ainsi d’avoir une vue à la fois parcellaire et d’ensemble concernant l’évolution de la situation dans la bourgade. Une construction plutôt audacieuse au final, et qui participe grandement à l’immersion et à la fluidité du récit. On tremble donc, on a peur pour nos héros, on s’imagine notre réaction face à cette situation totalement hors de contrôle, on se pose des questions sur les mesures à prendre, on lit fébrilement les pages qui séparent chacun des personnages de son destin, le plus souvent funeste. Le tout est très habilement raconté, très facile d’accès comme toujours, parsemé de petites références (la scène de recherches de Matt permet de mettre en avant un grand nombre d’ouvrages ayant sans doute servis de documentation à l’auteur) et se laisse lire avec une vraie facilité et une vraie envie de connaître le dénouement : tous les ingrédients d’un bon roman en somme.

 

Une fois l’histoire principale terminée, nous passons donc à deux courtes nouvelles autour de Salem. La première, d’une vingtaine de pages, se passe quelques années après la fin du roman, dans une ville voisine. Un citadin se retrouve coincé suite à une tempête de neige et vient chercher de l’aide, sa femme et sa fille étant restées dans leur voiture, à Salem… Un patron de bar et un ami lui viennent en aide et, s’ils sont préparés à ce qu’ils vont trouver sur place, vont en garder le souvenir à vie. On replonge avec plaisir dans la folie de Salem avec cette courte nouvelle, parfaitement dans le ton de l’oeuvre d’origine. Peur et terreur sont au rendez-vous, avec le personnage de petite fille qui fait tant frissonner en bonus. La seconde nouvelle, plus longue (40 pages environ) se passe cette fois bien avant les événements de la série d’origine, dans les années 1870 et se présente comme une nouvelle épistolaire, sorte d’hommage de Stephen King à l’oevure fondatrice du genre, le Dracula de Bram Stroker. Le sujet central du récit est une nouvelle fois la maison sur la colline dominant la bourgade de l’époque, village abandonné sujet de nombreuses légendes et craintes. Chapelwaite (nom de cette demeure à l’époque) semble être sujet à de drôles d’événements depuis sa construction au 18ème siècle, les liens de la famille Boone, dont le héros de cette nouvelle est un membre éloigné, semblant très forts avec le village de Jérusalem’s Lot, dont le fondateur et « chef » aurait été un adepte de magie noire. Bruits étranges dans la maison la nuit, drôles d’odeur de putréfaction, cave mystérieuse, journal intime codé, livre démoniaque… Cette nouvelle propose donc une sorte de « préquelle » mettant en avant le côté « ancestral » du Mal à Salem et Marsten House. Original et changeant quelque peu de l’atmosphère du reste, ce récit ne parle pas directement de vampires mais va plus loin dans la recherche du Mal originel. Et là aussi, l’intérêt est réel et complète parfaitement le récit d’origine. On notera tout de même que ces deux nouvelles ne sont pas inédites puisqu’elles sont présentes dans le recueil « Danse macabre » (que je n’ai pas encore lu, mais ce sera pour bientôt sans doute).

 

L’ouvrage se termine par un grand nombre de scènes coupées issues du script original (une cinquantaine de pages). On y apprend beaucoup de choses, que ce soit concernant les noms originaux de certains personnages modifiés pour la version finale ou même carrément le nom de la ville, d’abord appelée Momson. Les divers passages supprimés montrent à quel point un titre et son ambiance peuvent être modifiés sur quelques détails en apparence insignifiants. Ainsi, dans la première mouture du roman, on en apprend bien plus et bien plus vite sur les vampires ou sur Barlow et son camarade Straker. Là où le récit final laisse planer une grande part de doutes, jouant sur les ellipses et les suppositions que peuvent se faire les lecteurs, rejoignant ainsi les personnages dans leurs interrogations, la version initiale avait tendance à trop en dire. On notera aussi que Stephen King semblait vouloir mettre plus de rats au départ, avant de se raviser, et que Marsten House avait connu un relifting intérieur modifiant son atmosphère. Ces quelques « scènes coupées » donnent donc un éclairage différent sur ce qu’aurait pu être l’oeuvre et nous permettent de féliciter les personnes qui ont décidés des différentes coupes et changements (Stephen King lui-même peut-être, peut-être son éditeur…) tant la version finale semble meilleure que la première esquisse, que ce soit dans sa construction ou dans ses choix, notamment en ce qui concerne le devenir de certains personnages (le père Callahan et le docteur Cody en tête). Un vrai bonus (et vraiment inédit cette fois), réellement intéressant et passionnant.

 

Offrant un éclairage sur la genèse du titre et complétant son univers global, cette édition de Salem se présente comme la plus complète du roman et comme l’édition idéale à posséder pour tout fan de l’auteur. Si les photos d’illustration sont plus anecdotiques qu’autre choses, les scènes coupées et la postface de Stephen King, où il raconte son admiration pour le Dracula de Stoker notamment, donnent à cette édition un vrai cachet et une vraie valeur. C’est suffisamment rare pour le préciser. Salem est, dans tous les cas, un récit de vampire totalement digne d’intérêt et pouvant, clairement, servir de référence dans le genre.

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