Les forceurs de blocus – Jules Verne

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21 mai 2014 par sweetmadonna

Après le court roman Une ville flottante, place à une autre courte histoire de Jules Verne, Les forceurs de blocus, parue également en 1871 à la suite d’Une ville flottante et ne faisant, cette fois, que 90 pages.

 

 

Jules Verne nous transporte cette fois-ci en pleine guerre de Sécession, en 1862, avec la vue de l’autre côté de l’Atlantique. James Playfair, capitaine mais surtout négociant, ne peut rester immobile devant la crise qui couve à Glasgow : la guerre entre les états du Nord et les états du Sud provoque une pénurie de coton, très mauvaise pour les affaires. Il décide alors de mettre en place un plan permettant à l’entreprise familiale de sortir la tête de l’eau : construire un steamer extrêmement rapide, Le Delphin, suffisamment en tout cas pour réussir à semer les navires et corvettes des fédéraux afin de forcer le blocus de Charleston et faire parvenir une cargaison d’armes qu’il échangera contre du coton à bon prix en faisant affaire avec les Confédérés.

 

Outre ce contexte historique fort, Jules Verne ajoute un autre objectif à notre héros : délivrer le mari de la femme dont il est tombé amoureux… En effet, juste avant d’embarquer pour Charleston, James Playfair fait la connaissance de Crockston, un grand gaillard souhaitant prendre place à bord en compagnie de son neveu, qui se révélera être une ravissante jeune fille, Jenny Hallyburtt, à la recherche de son père, soutien des abolitionnistes et prisonnier des confédérés. L’occasion pour Jules Verne de nous présenter un personnage féminin un peu plus développé, avec un caractère bien trempé, remettant aisément en cause les convictions du capitaine par sa détermination et ses arguments. On reste malgré tout dans les us et coutumes du 19ème siècle et l’amour naissant entre les deux tourtereaux ne sera dévoilé qu’en présence du père de la jeune fille. Si James Playfair, habile capitaine et rude négociant, montrera qu’il est capable de changer d’idée lorsque les arguments sont concrets et puissants, on aimera aussi beaucoup le caractère de Crockston, serviteur de la famille Halliburtt, ne doutant de rien, avec une bonhomie continue et un optimisme à toute épreuve, malgré un talent de marin totalement absent.

 

Jules Verne profite également de cette courte histoire pour nous montrer le comportement général des négociants, privilégiant les revenus possibles aux résultats de leur marchandages, comme on peut le voir avec l’échange armes/cotons effectué au profit des confédérés, ou encore via la dernière phrase du roman, prononcée par l’oncle du capitaine et président de la Playfair Co., Vincent Playfair. L’analyse de la situation des Etats-Unis, qui ne le sont pas encore, et faite a posteriori puisque la guerre de Sécession s’est conclue en 1865, soit 6 ans avant la publication du roman, nous permet également d’avoir l’opinion occidentale de cette guerre civile, avec les arguments avancés des deux côtés. Intéressant, instructif, et plutôt pertinent dans le fond, ne faisant pas de ces questions politiques le centre du récit mais un complément à l’histoire.

 

Après Une ville flottante, Jules Verne nous montre qu’il est vraiment à l’aise dans le registre de l’histoire courte. Personnages bien campés, histoire solide, avec des bases intéressantes et un propos de fond plus sérieux, Les forceurs de blocus se lit rapidement et s’apprécie s’en le moindre problème. Une preuve de plus du talent de ce romancier, que l’on espère retrouver dans la prochaine histoire courte au programme, Une fantaisie du docteur Ox.

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